vendredi 24 mai 2013

Les costumes des films de Jacques Demy

La Cinémathèque Française de Paris organise au printemps 2013 une rétrospective de l’œuvre du cinéaste Jacques Demy, extraits de films, dessins, peintures, sculptures et reproductions de costumes nous plongent dans l'univers enchanté de l'artiste. L'occasion de revenir sur les costumes emblématiques de ses différents films et son ancrage dans la mode des années 60/70/80.

Jacques Demy et sa muse, Catherine Deneuve - couverture du catalogue d'expo provenant de people-looks
Qui est Jacques Demy ?
Né en 1931 en Loire-Atlantique et mort à Paris en 1990, par son travail de cinéaste, on le rapproche de la Nouvelle Vague comme sa compagne, Agnès Varda. Ce mouvement cinématographique est très marqué par son époque, la fin des années 50, début des années 60. Les Trente Glorieuses, la guerre d'Algérie, les révoltes étudiantes, le féminisme, constituent le contexte historique de ces films apportant un nouveau souffle au cinéma français alors en plein changement tant dans ses thèmes que dans sa technique. Les films les plus connus de Demy furent tournés à la fin des années 60.

L'exposition.
Un avant-goût de la scénographie sur le site de la Cinémathèque.
La scénographie impressionne par sa beauté et sa richesse. Les décors des films sont reconstitués, que dire de la galerie Lancien ! Le tout concentré dans un parcours assez court mais tellement foisonnant qu'on y passe une bonne heure et demi. On croisera des extraits de films, des œuvres de Demy autres que cinématographiques, et des témoignages comme celui de sa compagne ou d'Harrison Ford. Les costumes présentés ont été reconstitués pour la plupart, ils sont éblouissants et font de parfaits échos aux extraits des films. J'ai regretté de ne pas voir davantage de costumes notamment des Demoiselles de Rochefort ou des Parapluies de Cherbourg (évidemment). La part belle étant faite au film Peau d'âne.
Les costumes présentés lors de l'exposition sont visibles sur le site de la Cinémathèque (diaporama), ils ont été reconstitués spécialement pour l'exposition. 
La guêpière du film Lola portée par Anouk Aimée, juste sublime, trouvée sur le site du journal 20 minutes. Lola est un film réalisé en 1961 racontant l'histoire d'une danseuse de cabaret à la recherche de l'amour. Demy a choisi la ville de Nantes comme décor, ville à laquelle il était très attaché. Source de la photo d'Anouk Aimée.

Les robes de Peau d'âne, film de 1970,  portées par Catherine Deneuve. Au premier plan, la robe-ciel, les nuages sont projetés sur le tissu bleu ; à gauche, la robe-soleil et à droite la robe-lune. Cette dernière est visible sur la 2e photographie, trouvée sur ce site. Loin de se conformer à une certaine réalité historique, la confection des costumes évoquent davantage un monde onirique, plus proche des contes que de l'Histoire. Néanmoins, la mode du XVIème siècle semble avoir inspiré Augusto Pace (le costumier) par ce côté grandiloquent et ce foisonnement de tissus.

La fameuse peau est aussi présentée (source de la photo de droite)

La confection des costumes.
On doit les costumes les plus marquants de l’œuvre de Demy à deux femmes : Jacqueline Moreau et Rosalie Varda (la fille du cinéaste). Un article de Sylvie Perault (Jacqueline Moreau et la création de costumes pour J.Demy / S. Perault/ CERPCOS-05/2013.) sur Jacqueline Moreau qui a travaillé sur les Parapluies de Cherbourg et les Demoiselles de Rochefort est particulièrement éclairant sur sa méthode de travail avec le réalisateur. Jacqueline Moreau est une amie d'enfance de Jacques Demy, elle a aussi travaillé avec d'autres cinéastes non moins célèbres comme Godard, Tavernier ou Costa-Gavras. Toute la difficulté de son travail sur ces deux films fut d'accorder les tenues des acteurs avec le décor, une scénographie créée par Bernard Evein à laquelle la Cinémathèque rend un bel hommage en reconstituant certaines pièces présentes dans les films de Demy. Dans une interview, Jacqueline Moreau explique qu'elle devait en général déterminer les couleurs des costumes après le choix des papiers peints. Pour Demy, les couleurs vives étaient un choix destiné à le rapprocher de la comédie musicale américaine.
Les couleurs vives des costumes comme du décor dans les Parapluies de Cherbourg, 1964 - source
Les couleurs vives des Parapluies deviennent pastel en 1967 pour les Demoiselles de Rochefort. Jacqueline Moreau se fournit dans le prêt-à-porter de l'époque, elle teint certains vêtements pour leur donner les couleurs voulues. Bernard Evein doit repeindre certaines façades de maisons pour les accorder aux costumes. Jacques Demy veut des chapeaux, des robes à la Marilyn Monroe, et identifie chaque sœur jumelle à une couleur :
Le rose pour Delphine (Catherine Deneuve) et le jaune pour Solange (Françoise Dorléac) - source
Poupoupidou... (source)

Rosalie Varda, quant à elle, travaillera sur Une Chambre en Ville, en 1982, Parking, en 1985, et Trois Places pour le 26, en 1988, entre autres.
Edith (Dominique Sanda), dans Une chambre en ville, porte un manteau de fourrure, symbole de la bourgeoisie mais étant nue sous son manteau, elle apporte aussi un parfum de scandale - source
Les extravagants costumes de Marie-France Pisier (sa robe est visible dans l'exposition) et de Jean Marais dans Parking, une adaptation moderne du mythe d'Orphée - source
Mathilda May et Yves Montand dans Trois Places pour le 26 - source
A l'image d'une époque...
A travers trois exemples, je voudrais maintenant illustrer l'influence de la mode des années 60, 70 et 80 sur les costumes des films de Jacques Demy.
Commençons par Les Parapluies de Cherbourg et cette robe portée par Catherine Deneuve :
En 1964, Catherine Deneuve porte une robe en vichy bleu, un tissu à carreaux, dans les Parapluies de Cherbourg. Son rôle de jeune fille de bonne famille semble contredit par cette robe-même qui rappelle un sex-symbol des années 60 - source.
En effet, Brigitte Bardot adopte aussi le look petite fille sage quelques temps auparavant et lance la mode du tissu vichy dans les années 50. Ici, on la voit en photographie sur la couverture du magazine Elle du 17 août 1953 - source
En 1967, dans les Demoiselles de Rochefort, Françoise Dorléac porte un ensemble blanc de toute beauté en accord avec la tenue de son partenaire Gene Kelly :
Béret et robe à jupe plissée sont caractéristiques de la mode des années 60 qui habille souvent les femmes comme des petites filles à grands coups de tissus vichy, cols Claudine ou de courtes robes comme le montrent les créations de la couturière emblématique de l'époque, Mary Quant - source
Sur cette photographie de 1965 prise au Variety Club, on reconnait les chanteuses Cilla Black, Petula Clark et Sandie Shaw habillées en mode Lolita, vous aurez reconnu la fameuse jupe plissée à gauche - source
Enfin dernier exemple, celui-ci pour les années 80. En  1988, Mathilda May court, robe rose au vent, veste et sac en jean :
Robe corolle d'un rose romantique alliée au bleu du jean, sac assorti - source
La veste en jean est le grand amour des années 80 et 90 comme le montre cette couverture de Elle dans les années 1980 avec Sophia Loren. Paraît que la veste en jean redevient très "in" ces derniers temps en particulier avec une robe romantique, Mathilda May avait tout compris ! - source
Jacques Demy semble avoir toujours porté intérêt à l'air du temps en matière de mode pour les costumes de ses films. Je terminerai ce post en vous conseillant encore une fois d'aller faire un tour à l'expo de la Cinémathèque, histoire de goûter au monde pastel et coloré (mais pas que) de ce cinéaste.
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